L'encadreur, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a trouvé tardivement sa place dans la vie artisanale. Avant la renaissance, le travail d'encadrement est effectué par des ébénistes ou des doreurs sur bois, car on ne dissocie pas le cadre du tableau. Tous deux proviennent du même bois : la partie centrale est destinée à la peinture et les bords extérieurs, nus ou travaillés, forment le cadre.
Un des premiers encadrements connus, dans laquelle cadre et sujet sont distincts remonte en l'an 1538. Cadre acheté par François 1er d'un encadreur inconnu.
C'est sous le règne de Louis XIV qu'apparaît officiellement le titre d'encadreur. À cette époque, on cisèle dans un bois massif (notamment du chêne, du noyer ou du bois fruitier), on les dore à la feuille. Ce procédé connaît un grand succès et influence jusqu'à nos jours l'art de l'encadrement. Le cadre étant considéré comme une œuvre d'art n'est pas à la portée de toutes les bourses. Ainsi, l'Angleterre voit sa capitale enrichie de petites boutiques qui proposent des cadres à moindre coût. De la Régence au régime de Louis XV, la ligne sobre des sculptures ornant les cadres est remplacée par des lignes et les formes enchevêtrées et asymétriques. On appelle le style "Rocaille".
Vers le milieu de XVIII e siècle s'effectue un retour vers la simplicité des motifs. Ce changement de style se fait progressivement, et pendant un certain temps, les nouvelles lignes bien droites, rigides se mêlent aux formes flamboyantes du style Rocaille. Ce passage du style Rocaille au "néo-classicisme" est connu aujourd'hui sous le nom de "transition". Vers 1775, des motifs romains et grecs remplacent l'exubérance chère au règne de Louis XV. Les bordures reprennent des motifs de l'antiquité. On remplace les coquillages et les arabesques par des rubans, des feuilles d'eau, des torsades, des perles…
À la fin du XVIII e siècle, c'est à dire au tout début de l'ère du machinisme, et grâce à la découverte de pâtes à bois et du mastic, les fabricants de cadres deviennent des industriels et les modèles fabriqués en série ne sont plus le produits d'un travail artisanal. Reproduire un motif à l'aide d'une empreinte est bien moins onéreux que de faire appel à la gouge et au ciseau du sculpteur. On assiste donc à la décadence et à la fin d'une grande époque dans l'art du travail du bois, et les cadres en bois sculptés deviennent de plus en plus rares.
Sous l'empire, les cadres continuent à s'inspirer de l'Antiquité. Ils sont teintés en noir et leurs bords sont ornés de motifs majestueux en or : feuilles de laurier, palmettes, fougères, couronnes ou guirlandes. L'utilisation du bois naturel foncé, comme l'acajou, se généralise.
Au début du XIX e siècle, on commence à préférer les bois clairs : loupe d'orme, frêne, sycomore, noyer, citronnier, qui remplacent les essences sombres et austères de l'Empire. Sous Louis-Philippe le style reste toujours simple avec des lignes légèrement courbes. Cependant, l'arrivée de nouveaux matériaux permet de créer de nouvelles techniques laissant toute liberté à l'imagination de l'artiste et les styles se mélangent et se confondent. Il est curieux de constater que pendant longtemps l'encadrement n'a pas pour fonction essentielle de rehausser la beauté de ce qu'il entoure. Le cadre est une œuvre d'art en soi, parfois même de plus grande valeur que le tableau : il rivalise en fait avec ce qu'il devrait valoriser. L'observateur est placé devant deux créations bien distinctes.
Au début de ce siècle, avec les nouvelles écoles de peinture, la multiplication des travaux sur papier (lithographie, sérigraphie, estampe, etc.) les gens du milieu ont dû concevoir d'une nouvelle façon l'art d'encadrer. Les cadres en bois "de style" souvent trop coûteux, se raréfient ; de plus, ils ne sont plus adaptés aux messages de l'artiste peintre. Les styles des arts plastiques en perpétuelle évolution devaient être mis en valeur par des encadrements du même courant respectant les idées et le style véhiculés par ceux-ci. Le verre apparaît devant les œuvres sur papier à des fins de protection. On met en valeur ces gravures sous verre en les bordant de papier et de tissus de couleur. Très rapidement, au cours du XX e siècle, les techniques d'encadrement se multiplient mais, cette fois, au service de l'œuvre à encadrer.